Rencontre avec Martine Kahane

Martine Kahane, Portrait

Rencontre avec Martine Kahane

C’est grâce à François Lesur, grand spécialiste de la musique française, que M.K. arrive à l’Opéra de Paris en 1972. Elle y passe 35 ans de sa vie et travaille avec quelques-uns des plus grands, parmi lesquels Rolf Liebermann, puis Hugues Gall, directeurs de l’Opéra de Paris, Michel Laclotte, grand spécialiste de la Peinture française et italienne du XIVe et XVe siècles, premier directeur du musée d’Orsay, puis du Grand Louvre, William Christie, chef d’orchestre, fondateur des Arts Florissants. De chacun d’eux elle apprend beaucoup, partageant ouverture d’esprit, culture et connaissances souvent encyclopédiques. Directrice de la Bibliothèque – Musée de l’Opéra National de Paris, qui dépend de la BnF, M.K. crée puis en dirige le Service culturel de l’Opéra de Paris. À la demande du ministère de la Culture, elle crée en 1997 le Centre National du Costumes de Scène à Moulins (CNCS), qu’elle dirige quelques années. Pour toutes ces institutions, elle monte quelques expositions et publie catalogues, articles et ouvrages. M.K. a découvert Carantec en 1973, grâce à un jeune polytechnicien à la joie de vivre communicative, Thierry Fouquet, qui deviendra directeur d’Opéra ! Elle y restera grâce à deux amies très chères, Marie-France P. et Agnès C. faisant de Carantec son port d’attache entourée de ses livres et d’Alphonse... « de la Martine »
Elle n’hésite pas une seconde à répondre à nos questions en évoquant sans amertume, ni regret, les merveilleuses années où la Communication n’avait pas encore pris l’ascendant sur la Culture.

S’il n’y avait qu’une rencontre :

Rolf Liebermann, il a été nommé directeur de l’Opéra de Paris en 1972 et y restera jusqu’en 1980. Grâce à lui j’ai compris ce qu’était un grand Européen, connaissant pour de nombreuses villes chaque auteur, chaque musée, chaque théâtre, sa culture, sa musique, sa mode… d’une générosité incroyable. Il a su réveiller l’Opéra de Paris, lui donner une place internationale. Compositeur, homme de radio, après avoir débuté comme pianiste de Jazz, il a connu l’arrivée des nazis à Vienne, le début du festival de Salzbourg après la guerre, créant des ponts artistiques et humains entre l’avant-guerre et l’après-guerre, entre l’Europe et les États-Unis. Il a connu Balanchine, Messiaen, Stravinsky, Calder… a fréquenté de nombreux peintres de l’École de Paris…

S’il n’y avait qu’une exposition :

Une exposition de Degas, « of course ! » celle du Grand Palais en 1988, première grande rétrospective sous le commissariat d’Henri Loyrette, assisté pour la scénographie de Richard Peduzzi, la première exposition où la couleur est invitée sur les murs !
Et juste après … « La mort n’en saura rien » en 2000, au Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie au Palais de la Porte Dorée à Paris. Des crânes constellés de pierreries, ornés de végétaux, de plumes … un choc !

S’il n’y avait qu’un spectacle :

Sans hésiter « Atys » de Lully en 1987, sous la direction de William Christie éclairé aux chandelles, un éblouissement total, une « ouverture de fenêtre d’esprit et de cœur » ! La direction d’orchestre de Bill, l’extraordinaire mise en scène de Jean-Marie Villégier, les costumes somptueux de Patrice Cauchetier, ce spectacle a permis la reconnaissance des Arts Florissants, il m’a permis de comprendre la façon dont les artistes du XVIIe siècle célébraient leur Roi, lui-même permettant la magnificence des spectacles à sa propre Gloire.

S’il n’y avait qu’un costume :

Un seul … impossible !
Plutôt une série de costumes, peints pour un opéra Rimsky-Korsakov, « La Kovantchina », monté en 1913 par Serge Diaghilev, le patron des Ballets Russes (l’année également du « Sacre du Printemps » de Stravinsly et Nijinsky !). Ce sont des costumes peints au pochoir avec des couleurs végétales, tout droit sortis d’ateliers très créatifs de petits villages russes, leurs motifs s’inspirent et reproduisent des motifs traditionnels sur des textiles portés par la paysannerie de l’époque, on en retrouve certains sur des archives photographiques.

S’il n’y avait qu’un film :

Un film avec Fred Astaire. Rudolf Noureev le considérait comme le plus grand danseur de tous les temps !
S’il n’y avait qu’un voyage, qu’un paysage :
La traversée de l’Afghanistan, l’année où les russes sont entrés dans le pays. Ces paysages m’ont permis de comprendre les voyages du grand Alexandre. L’émerveillement face au tremblement des images à travers cette couche d’air si transparente. Le souvenir d’une totale ouverture d’esprit sur l’histoire antique et de comprendre l’éblouissement des grecs face à de tels paysages …